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Débats littéraires

Il n'y a pas de littérature sans ratures

Par Eugène Ebodé

Sommaire La parole aux écrivains

Dans quelle ivresse pourrions-nous sombrer pour échapper aux assoupissements de l'époque ? En plongeant dans la fiction ! Celle capable de renouer avec l'idée de la recomposition du temps, ce temps réputé insaisissable, mais que la littérature rend malléable et docile. Or, les régisseurs du calibrage littéraire contemporain s'y opposent, acharnés qu'ils sont à réduire toute ambition littéraire à la logique d'épicerie. Ne vaut à leurs yeux que ce qui se place sous l'emprise de l'instant, c'est-à-dire du temps dictatorial et partant, de l'éphémère. Voilà comment quelques coyotes glandiformes et frileux, cramponnés à un monde déjanté et désenchanté, mènent la danse. Aucune loi n'oblige cependant à les regarder touiller paisiblement l'insipide bouillon culturel qui accélère sous nos yeux le rétrécissement des cerveaux.

Tout en littérature, nous dit-on, est affaire de style. La belle affaire ! L'affadissement et l'uniformité sont loués. Le ralliement au rapetissement est général, car nos aurochs littéraires, piètres molochs aux pieds d'argile, se prosternent avec une rare componction devant les conventions et l'infiniment rabougri. Tout se passe comme si nous n'avions plus désormais pour ultime commandement, pour avoir accès au nirvana de l'édition, que de nous introduire dans de misérables bicoques en passant par les petits trous de petites serrures. Nous rêvâmes autrefois d'entrer en littérature comme dans des châteaux confortables et splendides, mais voici qu'on nous pousse au fond d'un habitat de troglodytes.

Pourquoi ?

Parce qu'on voudrait nous faire accroire que l'humanité étant achevée, seule la venue d'un homme nouveau, sans ratures ni bavures, sans défauts ni malformation, régénérera la race. Oui, "l'homo laboratus", issu de l'alchimie fumeuse des bio-généticiens, conduira tantôt tout son monde à la perfection. Bref, l'homme parfait, né des jeux et du hasard des éprouvettes, sera le messie annoncé, retardé, mais imminent. A quoi bon écrire ? Tout sera bientôt dit. Vive la science ! Exit la littérature !

Imaginer n'est donc plus le propre de l'être. " Le réel, le sonnant et trébuchant, bref, le facilement bandable ! ", vocifèrent les minimalistes. Recomposer, compenser les claudications et les bégaiements de la société, par les cris de l'écrit, semble être au-dessus des forces des littérateurs. Alors, pour ne pas heurter les cerveaux assoupis, tout texte littéraire se doit aujourd'hui de céder à l'obligation de controverse, le leurre le plus avancé de la société de spectacle. Avant d'écrire, il s'agit d'abord d'organiser la polémique et donc la réception du livre. On cède ainsi habilement à l'inscription comptable, c'est-à-dire, au fonctionnement plus ou moins tonitruant du tiroir-caisse. Proclamer qu'il n'existe plus de littérature qu'à travers le sabir affligeant ou à partir de comptines faussement mielleuses de quelques griots grimés, tourne à la farce. Il faut que les masques volent. Voilà de la matière à contention !

C'est bien pourquoi Kourouma est fatigué et fatigant ! C'est aussi pour cette raison que Abdourahman A. Wabéri risque d'irriter, car il refuse de mener le combat des coqs dans la haute-cour littéraire.

Toutefois, la littérature perçue par Hampâté Bâ, par exemple, comme l'art de la transmission (" En Afrique, un vieillard qui meurt est une bibliothèque qui brûle "), restait aux limites de l'acceptable. Mais elle était critiquable parce que réduite au rôle d'opérateur privilégié de la gestion pépère de la mémoire collective. En revanche, le point de vue de Kafka plaçait la littérature au centre de la dissidence. Pour lui, elle était le " pas de côté ", ce mouvement nécessaire " pour s'écarter de la meute des meurtriers ". Proust haussa les enchères pour affirmer, à travers l'ensemble de la " Recherche ", que la littérature n'avait pas d'autre but que de parler de la " vraie vie ", et, plus exactement, de ce moment précis où on en prend conscience.

La vraie vie, voilà l'axe décisif autour duquel les ratures, les biffures organisent la sortie de la bigarrure. Elles agissent et se coalisent pour inventer les figures capables à la fois de faire sens et d'obliger à rebattre les cartes de la création. Car le parti pris de la littérature, ainsi que le suggérait sans doute Francis Ponge, n'est ni plus ni moins que l'intention de rendre le lecteur mystagogue, c'est-à-dire " initié ". L'initiation s'adresse à quiconque est en position de recevoir les savoirs. Et, connaissant le poids et le prix des choses, il est appelé à se montrer apte à activer la volonté de vision, selon Louis Aragon, le romancier. Il s'oblige alors au complot indispensable contre l'ordre, cet ordre qui n'est que soumission, restriction, vanité des poltrons et protection aussi bien provisoire que dérisoire. L'ordre, c'est surtout : la renonciation à la possibilité humaine d'exister pleinement.

Initiation, mystagogie, volonté de vision, voilà le pari de la littérature !

En Afrique, que ce soit en pays Dogon, chez les Beti, dans la confrérie des Mourides, chez les Béninois ou avec les Yorouba, ce qu'on a nommé " sorcellerie " n'était qu'une écriture oralisée, une littérature codifiée, " une vraie vie " restituée par une série de rites qui, en se succédant au rythme d'une mystagogie particulière à chacun des peuples concernés, visaient à sortir les initiés de la quotidienneté commune. Mais l'initiation n'était-elle pas une forme déguisée de la soumission à un code ancien ? Non. Un exemple me paraît ici éclairant, et il vient de la cosmogonie Dogon : celui du "Renard pâle" Paradoxalement, l'un des personnages les plus rebelles à l'ordre dans la mythologie Dogon est effectivement le " Renard pâle ", ce dieu qui ne parle pas. Car le fameux chacal postule au désordre, non pour échapper à toute construction, mais pour accéder à une autre, à un destin conforme à ses vues.

On peut arguer que le " Renard pâle " des Dogon, en dérobant le placenta de sa mère, interrompant ainsi le cycle de la reproduction ou de la fécondation, s'est placé hors champ : insaisissable ! Cette capacité de se mouvoir autorise le célèbre chacal, selon le principe Kafkaïen, à fixer et à détenir les nouvelles règles du jeu. Maître du placenta, le voici titulaire de la charge d'inventer l'horizon à venir. Le " Renard pâle ", raturant le schéma habituel, passe de la soumission à l'ordre naturel des choses à la rébellion. Son rapt est littérature. La possibilité qu'il se réserve d'agir et d'interpréter le monde en effectuant des signes au sol fait de lui le premier écrivain. Car la littérature est d'abord un ensemble cohérent de signes, elle précède l'arithmétique.


Il n'y a pas de littérature sans une inscription dans la durée, car les marques, semblables aux cailloux du Petit Poucet sont, non pas des signes figés, mais les signaux à dépasser si on en a la force et le caractère. Ils sont à la fois des précautions élémentaires, des indices, mais aussi des flammes qui ont une puissance d'incendie. Relisons les Chants, ceux de Maldoror ! La littérature ainsi harnachée, devient un galop vers l'existence réelle. Elle en appelle à l'imagination, c'est-à-dire à la nouvelle aube. Sans littérature, tout n'est qu'ombres, déclamations stériles, vasouillements. Platon, définissant les conditions de la connaissance, tient un raisonnement similaire lorsqu'il expose le mythe de la caverne. Comment sortir de la " non-vie " que des ombres projettent dans la grotte ? En s'extirpant de la caverne ! Le mythe de la caverne est donc une imposante rature qui raye d'un trait de plume les vessies que l'on prenait pour des lanternes. Aux obstacles auxquels on se heurte par le raisonnement, il faut être capable d'aller jusqu'à mille lieues sous la terre s'il le faut ou voyager "Cinq semaines en ballon" comme nous y invitait Jules Verne. Il importe donc de recourir non seulement au raisonnement, mais à l'imagination pour s'émanciper de toute capture.

Il n'y a pas de littérature sans ratures, certes, comme il est nécessaire de bien approcher le lit à partir duquel se guérissent les courbatures. Le lit dont il est ici question renvoie à la base secrète à partir de laquelle les textes vont surgir ; c'est à l'intérieur d'une sédimentation progressive, d'une opération de macération et de digestion, d'abord lente avant que d'être rapide, que la matière à congédier les régisseurs de l'ordre prend forme. Elle met l'écrivain en situation de prédire le chaos et les embardées collectives, voire à dédire l'arrogance des procureurs, veilleurs de nuit myopes et fatigués. Au lit ! Vos actes d'accusation tombent sous le sens. Précisons : le lit, en littérature, n'est pas seulement le pays ou la langue pratiquée par un écrivain. Conrad et Nabokov l'ont démontré à la perfection. Le lit n'est pas assimilable à une "taie d'eau morte" selon Césaire, ni un lieu et encore moins une frontière physique. Car, ni le lieu de naissance, ni le véhicule linguistique utilisé n'assignent l'écrivain à résidence. Ces appareils-là ne l'obligent pas à devenir notaire ou agent cadastral, consignant servilement les états d'une personne, ou décrivant sans imagination les dénivellations d'un terrain et les cotes d'inondation dans une région sinistrée. Qu'est-ce à dire ? Que la langue de l'écrivain n'est pas d'un pays. Elle ne correspond pas toujours à la géographie des États. Elle est plus que cela, elle figure un état de conscience. Il résulte de cette idée que Fernando Pessoa, l'auteur du " Livre de l'intranquillité ", n'est pas du Portugal, tout comme Aimé Césaire n'est pas de la négritude ou des Caraïbes. De même, Proust n'est pas de France, et, si Pouchkine a beau n'avoir jamais quitté la Russie, il n'en est plus membre, avec son "Eugène Onéguine", même si on ne peut lui contester le rare privilège d'avoir refondé la langue et la littérature russes modernes. Par ailleurs, Jean-Luc Raharimanana, rompant, dans "Nour, 1947", les lances avec les Malgaches partisans de l'aplatissement, vitupérant les fourbes et les anciens colons, hésite cependant entre la réinvention de la Malgachie et la renonciation au culte des héros. Ailleurs, Tierno Monénembo, qui n'est plus de la Guinée depuis longtemps, mais qui reste de Guinée, c'est-à-dire nègre, ne s'exprime désormais plus que du seul pays envisageable par lui-même : celui de ces fouteurs de merde de marcheurs peulhs, qui, du Fouta-Djalon au mont Mandara, se traînent en silence à la tête de leurs bovidés. Sur l'étendue désertée par la machine et les rodomontades des hommes de pouvoir, ils contemplent les splendeurs de la solitude. Ils ne méditent pas, ils constatent l'absence et la vanité de ce qu'on nomme encore civilisation.


Il n'y a pas de littérature sans ratures, voilà qui implique le dépassement de l'écriture. Cela suppose aussi d'avoir toujours l'œil fixé, non pas sur la ligne bleue des Vosges, guettant un adversaire hypothétique, mais de se méfier de ses propres emballements et même, si possible, de renoncer à l'écriture comme le firent Rimbaud et Yambo Ouologuem. Renoncer, quand on estime avoir tout écrit pour l'un, ou avoir été totalement travesti et décrié, pour l'autre. Pour tous les deux, il ne faut jamais accepter de porter de faux masques. Et lorsqu'on cède à ce jeu, il est de bon ton de se dépêcher de se placer en position de hors jeu. On le fait par acquis de conscience, pour s'exprimer avec hauteur en recourant au Sodayi, c'est-à-dire à la " parole claire ", et non au Beloso, " la parole de derrière " selon l'aimable distinction des Dogon.

Exprimer le futur ! Disposer pour l'essentiel et pour l'extraordinaire, selon Edgar Poe.

Cette volonté de combat en littérature ne saurait sérieusement s'envisager, pronostique François Meyronnis (auteur de " Ma tête en liberté ") si on n'a pas fait le tour complet de l'histoire de la littérature. Vision critiquable parce qu'elle sous-tend une démarche de notable. Mais elle reste séduisante car le "savoir universel", vibrionnant et ambitieux auquel songe le dandysme New Age de François Meyronnis, s'oppose à la logique marchande. Il faut que la littérature prenne tout son temps. Le calendrier n'est donc pas son affaire. Le temps passé, se recompose ailleurs. Éblouissant de hardiesse, Meyronnis, convoquant les Dogon, dans un roman qui n'a pas recueilli toutes les attentions qui lui étaient dues, n'a en tête que la régénération de la littérature. Elle est tombée dans le néant. Il est urgent de l'en sortir. Comment ? Reprendre le projet d'encerclement du temps ! et pour le faire, il convient de se dégager du marketing, de ses gadgets et de l'usage intempestif de la communication. Ils distraient et abusent de la naïveté du chaland. La musique d'assujettissement qu'ils font entendre n'a jamais créé autant d'esclaves volontaires. Malgré les flonflons qui, d'une livraison l'autre, évoquent la nouveauté de tel ou tel roman, il s'agit surtout de ne rien changer à rien. La machine à décerveler fonctionne à plein régime. L'opposition est pâle, la " vraie vie ", n'est plus qu'un ersatz, une survie.

La dissidence a-t-elle renoncé au droit de biffure ? Ce droit-là est un exercice de haute bifurcation ; il requiert d'entrer en littérature comme on entre en religion : après une initiation rude, difficile, et sans aucune promesse de paradis.

Avec quel projet ?

Celui d'exprimer le futur ! Raison pour laquelle il faut s'occuper de l'avenir. Il ne s'agit pas seulement de se contenter de plonger une plume alerte, frivole ou coquine dans les soutiens-gorges sulfureux, ou dans les arrières cuisines japonaises pour crier à la bonne affaire. Sade et Diderot, dans des styles différents l'ont fait de main de maître. Il convient de rattraper la fuite de l'aube pour saisir par la manche les forbans qui se dissimulent sous ses ombres et se confondent avec elles. Il n'y a pas pour seul objectif de rendre gorge aux fourbes ou aux tenants de la société du spectacle naguère savamment décrite et décriée par Guy Debord. La voix qui porte doit utiliser la parole claire : Sodayi, Sodayi ! C'est un mot d'ordre limpide, résonnant comme le clair-obscur "Absalon ! Absalon !" de William Faulkner…

La voix de surplomb de la littérature porte la parole claire ; elle est ce "sur-dire" aux avant-postes de l'audace une charge appelée à faire pièce aux serpentements et à l'esbroufe. Sus donc aux manipulateurs et à leurs livres à 99 francs ou bientôt, à 9,99 Euros. La prochaine moleta attend, pour être agité devant nos museaux, l'envol du nouvel albatros monétaire européen qu'est l'Euro. On évoquera la démocratisation du livre. Pour quel message ? La menue monnaie littéraire qui alignera bientôt fièrement ses chiffres et ses habits neufs, constituera bel et bien un leurre. Les pays du sud n'auront toujours pas droit à la fabrication des livres dont ils ont besoin, et ils auront encore moins accès aux auteurs de la dissidence. Car la télévision et l'industrie du spectacle continueront à ériger paisiblement leurs valeurs de référence, celles qui plaisent tant aux mégères et aux ménagères de quarante six ans (ah, oui, elles ont vieilli d'un an depuis l'année dernière ! Que diable, elles n'auront pas éternellement quarante cinq ans !).


Que doit défendre la littérature ? Rien, crie-t-on, Harry Potter veille et s'emploie à ensorceler les sceptiques ! Tiens qui est donc l'auteur de cette trouvaille à succès ? "Une vieille anglaise !", me répondit l'autre soir une jeune dame. Non, ma jolie ! il n'y a tout de même pas que les honorables sexagénaires qui tiennent le stylo de l'autre côté de la Manche ! figurez-vous qu'il existe aussi des Écossaises ! Pensez qu'elles n'attendent pas forcément d'être édentées pour trousser des best-sellers au lieu de passer leur existence à écosser de petits pois. Qu'importe si le personnage principal est plus connu que son auteur ! Voyons, la célébrité d'Hercule Poirot n'empêchait pas Agatha Christie de dormir, et Sherlock Holmes ne fit de l'ombre à Sir Arthur Conan Doyle que pour mieux établir la noblesse de l'écrivain. Il faut cependant se méfier des personnages qui vous échappent, surtout lorsque le lecteur est fermement invité, avant la parution du livre, à faire la queue pour réserver par avance un exemplaire. Au rythme fou où les forêts du tiers-monde sont décimées, qu'on ne vienne pas nous dire qu'il manquera du papier. Tout ceci n'est au demeurant qu'anecdotique car l'essentiel est ailleurs : dans la fabrication d'une littérature dont la durée de vie n'excède plus trois mois. Au-delà c'est au pilon de réduire le papier en cotillons. Tout se passe comme si la fiction de la fiction avait remplacé la littérature. Le merchandising a définitivement scellé la mort de la littérature, c'est-à-dire, qu'il organise le texte n'ont pas à partir de ce qu'un auteur a à dire, mais en fonction de ce que le public, mis en condition, est en situation d'avaler. Cette conception laisse à penser qu'il faut abdiquer et renoncer à toute perspective de biffure. Car il n'y a de littérature que dans la rature comme il n'y a d'aventure que dans la griffure et les éraflures. C'est dans le doute, au milieu des tâtonnements que le voyageur en littérature, sortant enfin des ronces et des épineux, aborde une clairière et découvre la majesté ignorée d'un paysage.

"Lis tes ratures !", conseillait habituellement le linguiste J.P. Chanteau à tout élève qui lui rendait une copie de dissertation. Cette sympathique et étrange admonestation lui paraissait d'autant plus capitale qu'il était persuadé de la chose suivante : c'est dans la recherche du mot juste et dans la relecture de la rature que se manifeste l'invention du texte. C'est avec elles que se réalise la "maïeutique" du texte. Le paradoxe, aujourd'hui, vient de la fiction d'une fiction calibrée et sans ratures. Pourtant, les sociétés urbaines se préoccupent actuellement de "récupération", au sens de redonner une fonction à ce qui a été rejeté. Elles participent de la réhabilitation de la "rature".

Il n'y a pas de littérature sans ratures, ni de voyage au grand large sans envergure si le barreur manque de panache. Toutefois, il doit pouvoir compter sur une voilure rigide, soutenu par des mâts résistants. En littérature, ils s'appellent : style, langage, clarté, invention et posture de combat. C'est avec eux que l'écrivain endosse l'armure capable de rendre victorieuse la traversée des golfes et des mers et des langues démontées du monde. Au commencement de l'aventure est l'écrit. En littérature comme en navigation maritime il est question de supporter les tempêtes, de résister aux abordages de corsaires et de faussaires, de défier les vents contraires et de conserver le cap des bonnes espérances. Au milieu des apaisements provisoires que produit une littérature du prêt-à-dormir tranquille, nouveaux tranquillisants pour peuples assommés par leur propre suffisance ou par la fatigue des temps, il faut peut-être penser qu'il n'y aura plus de littérature quand aura disparu en l'homme toute volonté de rupture.
Dans cette funeste perspective, c'est en définitive Shakespeare qui avait eu raison, en soupirant dans " Hamlet " :
"Il y a quelque chose de pourri dans le royaume de Danemark ! …"


©Eugène Ebodé
Ecrivain


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