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PARTIE
I : MAJA AFRIKA MY AFRICA MON AFRIQUE
Le
texte de Natalia Teletova, "L'Afrique,
patrie ancestrale, dans la création littéraire de
Pouchkine", montre que c'est au cours de ses années d'enfance
que Pouchkine prit conscience de la part d'africanité qu'il
y avait en lui et par conséquent de sa "différence"
d'avec les autres. Cette ascendance inédite l'amena à
mener des réflexions et à prendre des positions originales
sur certains sujets. Selon Teletova, pour Pouchkine, il ne peut
y avoir d'inégalité raciale. S'il existe une différence
raciale sur un plan purement physique, seuls les mérites
et la personnalité de l'individu doivent être pris
en compte. Son appartenance à une autre race ou même
à une autre nation importe peu. L'Afrique et le bisaïeul
nègre sont présents dans l'oeuvre littéraire
de Pouchkine.
Dans
"The Cultural Location of Alexander S. Pushkin" Molefi
Asante présente le contexte historique d'où
émerge Pouchkine pour montrer l'importance du rôle
qu'il joua dans la constitution d'une nouvelle société
russe où la langue nationale en particulier et la culture
russe en général - jadis marginalisées - deviennent
des éléments centraux. Pendant le XVIIIe et jusqu'au
début du XIXe siècle, l'occidentalisation des élites
russes à commencer par la classe dirigeante, était
telle que la Russie courait le danger de perdre son âme. En
créant une langue littéraire russe et la littérature
russe moderne, Pouchkine contribua au mouvement qui permit à
la Russie de sauver son âme. Pour Molefi Asante, un certain
parallèle peut être fait entre Pouchkine et Langston
Hugues, grand poète africain américain du XXe siècle.
Mais précise-t-il, Hugues n'a pas pu créer une nation.
Pouchkine a montré, conclut-il, que nous pouvions nous transformer
et changer le monde dans lequel nous vivons.
L'ascendance
africaine de Pouchkine pose la question de la présence africaine
en Russie. Son bisaïeul était-il
le seul Africain en Russie? Dans "African Presence in Russia" Lily
Golden nous fait part des recherches qu'elle mena au milieu
des années 60 sur les Africains du Caucase, puis elle présente
l'histoire des premiers étudiants africains en Russie, des
Africains célèbres de la Russie du XIXe siècle
et des Africains américains en Russie. Le récit de
ses recherches au Caucase ressemble comme elle le dit elle-même
à un roman policier. Car pendant longtemps le secret absolu
était demeuré sur cette présence noire très
ancienne dans le pays des tsars puis des Soviets. Sa venue en 1965
en Abhazie (Nord de la Géorgie) pour enquêter sur les
Africains de la région inquiéta les autorités
politiques locales qui lui flanquèrent une escorte composée
d'agents du KGB. Après mille péripéties, elle
put rencontrer des familles noires. Leur histoire est, affirme Golden,
un chapitre oublié de l'histoire africaine. Ce récit
pose la question cruciale du sort actuel de cette population d'origine
africaine que les différentes autorités nationales
ou locales ont, au cours de ce siècle, toujours voulu cacher
au reste du monde. Cette région frappée par la guerre
civile depuis l'éclatement de l'URSS est inaccessible. Nous
sommes tout autant que l'auteur désespérés
du fait qu'il faut attendre encore -jusqu'à quand?- la fin
des conflits pour savoir ce qui est arrivé à ces Africains
caucasiens. Mais seront-ils toujours en vie? Il serait temps que
les autorités africaines, -l'OUA?- et internationales -Amnesty,
l'ONU, l'UNESCO?- se penchent sur cette "population africaine unique".
Contrairement aux idéees reçues, l'arrivée
des premiers étudiants africains en Russie ne date pas des
indépendances africaines. Dès le XIXe siècle,
des Africains furent envoyés pour parfaire leurs études
au pays des tsars. Parmi les Africains les plus célèbres
de l'histoire russe au XIXe siècle, Golden cite l'éminent
professeur égyptien Suleiman al-Tantawi et le plus grand
artiste noir du XIXe siècle, Ira Aldridge. Pour le XXe siècle,
Golden présente quelques figures marquantes de la présence
noire américaine en URSS. Parmi elles, son père, John
Oliver Golden, inscrit à l'Université de Moscou en
1924.
Eugène
Ebodé nous présente une étude intitulée
"La divine négrité de Pouchkine" dans laquelle il
dénonce l'eurocentrisme des critiques et historiens de la
littérature russe pour qui l'universalité de Pouchkine
se limite aux frontières européennes. Si concession
est faite au monde arabe, en raison des Imitations du Coran que
Pouchkine écrivit en 1824, l'Afrique, elle, n'aurait pas
été présente dans l'oeuvre du poète
russe. Ebodé prend le contrepied de cette thèse en
affirmant que l'univers africain se mêle à l'univers
slave dans Eugène Onéguine, Ma Généalogie,
et surtout dans Le Nègre de Pierre le Grand. La
négrité de Pouchkine, explique t-il, c'est sa générosité
sans calcul, sa désinvolture qui lui permettait de survivre
au pessimisme et sa spontanéité - la liberté,
le refus de se soumettre à des contraintes de création
poétique - qui surgissait au terme de ses réflexions.
Ebodé cite la formule pouchkinienne qui résume fort
bien ce processus : <<Je réfléchis, lève
le bras et les vers naissent tout à coup.>> Selon Ebodé,
Le Nègre de Pierre le Grand de Pouchkine reste cependant
son grand projet dans lequel il entreprend de réévaluer
son aïeul africain et d'établir sa divine négrité
qu'il définit comme ayant un triple fondement : la réclusion
subie du fait de sa différence, la fidélité
à l'Afrique pourtant lointaine, l'importance accordée
à la mère contrairement à la tradition russe.
Isa
Blyden attire notre attention sur la communauté de
destin existant entre Hanibal et son célèbre descendant
dans son texte, "Great Father has Returned. Striking Similarities
in the Lives of Alexander Sergeyevitch Pushkin and his Maternal
Great-Grandfather Abraham Petrovitch Hannibal". Nés tous
deux en fin de siècle et à un siècle d'intervalle,
le bisaïeul étudia en France et son descendant fut soumis
à des influences littéraires françaises. Blyden
souligne leur ressemblance physique, remarque qu'ils connurent tous
deux l'exil et des carrières professionnelles exceptionnelles
: Hanibal est le premier et le meilleur ingénieur militaire
russe de son siècle, Pouchkine est le premier écrivain
professionnel et le plus grand poète de Russie. Ils furent
tous deux victimes d'injures raciales : si Hanibal découvre
la haine raciale pendant ses années de service en Estonie,
Pouchkine, lui, sera toute sa vie poursuivi par le mot "singe" -
suprême insulte - que ses contemporains utiliseront constamment
pour le désigner. Leur vie conjuguale présente aussi
des similitudes : Hanibal se maria en 1731 à Eudoxie et Pouchkine
épousa Natalia en 1831. Eudoxie trompa Hanibal qui divorça.
Natalia flirta avec Danthès qui tua Pouchkine en duel. On
ne peut qu'être frappé par toutes ces similitudes qui
amènent Blyden à dire que Pouchkine aurait dû
être prénommé Abraham selon la tradition africaine
et non Alexandre.
"Comment
qualifier l'arrière-grand'père maternel d'Alexandre
Sergueevitch Pouchkine?" Tel est le titre de l'étude linguistique
que nous propose René l'Hermitte.
Sa lecture minutieuse du Nègre de Pierre le Grand
de Pouchkine que nous publions intégralement dans le présent
ouvrage montre que l'écrivain russe se servait de deux mots
différents pour désigner son héros noir Ibrahim
qui était son arrière-grand-père. Il s'agit
de arap et de negr. L'Hermitte s'interroge sur les
raisons de l'emploi par Pouchkine de ces deux termes. Les différents
dictionnaires russes donnent à arap le sens de Nègre,
noir, de race négroïde, etc. Arap ne doit pas
être confondu avec arab qui lui désigne l'Arabe.
Quant à negr, c'est tout simplement l'équivalent
du français nègre synonyme de arap qui
est un terme russe beaucoup plus ancien (au moins fin XVIe siècle).
L'Hermitte conclut donc que "le choix de Pouchkine pour désigner
son ancêtre a dû être purement aléatoire".
Cette étude nous amène à nous interroger sur
le choix de certains traducteurs français tel André
Markowicz (voir Histoire de la littérature russe du XIXe
siècle. L'époque de Pouchkine et Gogol, Paris,
Fayard) d'employer le mot maure pour traduire le russe arap
à la place de nègre. Pouchkine n'emploie jamais
le mot maure, mavr en russe pour désigner son
bisaïeul. La précision nous paraît importante.
L'article
de Vadim Stark, "L'iconographie des descendants
d'Abraham Hanibal" est accompagné d'une quarantaine d'illustrations.
Il nous permet de découvrir les visages des représentants
de huit générations issues de l'Africain Hanibal du
XVIIIe au XXe siècle. Selon Stark, le temps et les alliances
de l'Africain et de ses descendants avec les familles des noblesses
suédoise, russe, prussienne, germanique, britannique... ainsi
qu'avec des représentants de plusieurs monarchies européennes
n'ont pas réussi à effacer le sang africain d'Hanibal
qui a continué de marquer de son empreinte leurs visages.
On ne peut s'empêcher de penser à la poétesse
Marina Tsvetaeva (1937) qui trouvait magique l'idée que des
"enfants blancs" puissent avoir "un ancêtre noir". Cette étude
iconographique permet de visualiser les représentants de
chaque génération dont les portraits ou les photographies
ont été conservés. On ne connaît à
ce jour pas de portrait d'Abraham Hanibal à l'âge mûr,
lorsqu'il était général de l'armée russe.
En revanche nous disposons de deux portraits de son fils aîné
Ivan qui fut aussi général. C'est lui qui prit en
charge l'éducation de la mère de Pouchkine, sa nièce
Nadine, après le divorce des parents. Parmi les membres de
la génération suivante, Semion Hanibal qu'on ne connaissait
jusque là qu'à travers un portrait à l'âge
mûr, (planche15) nous apparaît sous les traits d'un
élégant et beau jeune homme dans un autre portrait
réalisé vingt ans plus tôt, en 1810 (planche
14) et qui lui a été récemment attribué
grâce aux travaux de Vadim Stark. Parmi les autres portraits
présentés par Stark, il y a ceux de Nadine Hanibal,
dite "la belle créole", de ses enfants Olga, Alexandre (le
poète que nous célébrons) et de Léon.
Les quatre enfants de Pouchkine, Marie, Alexandre, Grégoire
et Nathalie sont également présents dans cette galerie
de portraits. Ceux qui connaissent l'histoire russe du premier quart
de ce siècle seront surpris de reconnaître le portrait
du baron et général Wrangel, chef de l'Armée
Blanche, qui combattit les Bolcheviks lors de la Révolution
russe de 1917. Il était lui aussi un descendant du "Nègre
de Pierre le Grand" de même que le dernier gouverneur de la
capitale russe, Alexandre Zinoviev qui dut émigrer à
la Révolution. Sa soeur, la poétesse Lydia Zinovieva,
rajouta d'ailleurs le nom d'Hannibal à son nom d'écrivain
pour rappeler son ascendance. En regardant sa photo, on a du mal
à croire que cinq générations la séparent
de son ancêtre nègre. Elle donne entièrement
raison à Vadim Stark qui affirme que cette étude iconographique
montre que "les traits exotiques de l'Africain" sont visibles même
chez ses lointains descendants.
Le
texte de Blaise N'Djehoya "Les Racines
africaines ou le sang noir de Pouchkine, 1799-1837", nous rappelle
les circonstances de la mort en duel de Pouchkine, tué par
D'Anthès, officier français de la garde. Nathalie,
l'épouse de Pouchkine que courtisait le Français,
était à l'origine de cette dramatique affaire. N'Djehoya
fait également le point sur la question des origines africaines
du poète russe et avance des éléments confirmant
la thèse de l'origine camerounaise du bisaïeul de Pouchkine.
La poétique de Pouchkine serait mieux comprise si on interrogeait
les langues africaines. C'est, nous rapporte Blaise N'Djehoya, ce
que pensait Jean Cocteau.
PARTIE
II : RECEPTION DE POUCHKINE DANS LE MONDE NOIR
Que
représente Pouchkine pour les intellectuels noirs d'Amérique?
L'amour de Pouchkine pour la liberté ne pouvait que lui valoir
la plus grande estime de la part des Noirs qui furent pendant des
siècles à la pointe du combat pour la liberté.
C'est ce que nous démontre Allison Blakely
dans son article "John Oliver Killens's Great Black Russian:
Afro-American Writers and Artists and the Pushkin Mystique". Pouchkine
avait pris position sur les questions qui étaient vitales
à son époque pour la communauté noire américaine
: il avait qualifié l'esclavage auquel étaient soumis
les Africains déportés en Amérique et leurs
descendants d' "intolérable". Il avait dénoncé
"le cynisme dégoûtant, les cruels préjugés
et l'intolérable tyrannie" de la société américaine.
En outre, Pouchkine était lui aussi le descendant d'un Africain
qui avait connu l'esclavage - fut-ce de très courte durée
- comme des millions de Noirs des Amériques. Et de ce fait,
il était très sensible à sa généalogie
comme les Noirs de la diaspora. L'oeuvre de Pouchkine fut célébrée
par des figures importantes de l'histoire noire américaine
comme Du Bois, Paul Robeson, Richard Wright, Claude McKay, etc.
Cette admiration pour Pouchkine, indique Blakely, n'est pas due
au simple fait qu'il avait du sang noir. Prenant l'exemple de Killens,
un écrivain noir qui fut fasciné par la vie et l'oeuvre
du poète russe et qui lui dédia un roman, Great
Black Russian, Blakely réussit à nous montrer
pourquoi le nom de Pouchkine reste tout un symbole pour les Noirs
américains
Les
écrivains africains ont-ils été influencés
par Pouchkine? Boniface Mongo-M'Boussa
s'est intéressé à cette question dans son texte,
L'errance des mots : quand un romancier camerounais <<réécrit
>> Eugène Onéguine de Pouchkine. Il considère
que les écrivains africains de langue française "n'ont
pas été assez sensibles à l'oeuvre de Pouchkine".
Malgré un certain parallélisme qu'on pourrait faire
entre Pouchkine et Senghor, le poète russe n'a jamais été
évoqué par le poète sénégalais.
Il en est de même pour le poète congolais Tchicaya
U Tam si', regrette B.Mongo-M'Boussa. Il faut remonter à
la jeune génération d'écrivains africains pour
retrouver une thématique pouchkinienne chez certains auteurs
ou pour parler d'une influence de Pouchkine. A cet égard,
Mongo-M'Boussa estime que l'écrivain camerounais Jean-Jacques
N'Kollo est le plus représentatif de la dernière vague.
Auteur en 1993 d'une fable en vers, Boris et Pavlone, inspirée
de Eugène Onéguine de Pouchkine, N'Kollo fait
preuve d'une excellente connaissance de l'oeuvre du poète
russe. Mongo-M'Boussa nous présente une étude comparée
succinte des deux textes mettant en lumière leurs similitudes
tant sur le plan du genre que de la structure, de l'espace, des
caractères des personnage et de la formulation du titre.
Il relève cependant des différences entre les personnages
principaux féminins, Pavlone et son modèle Tatiana
et regrette que N'Kollo n'ait pas présenté son histoire
dans un contexte non russe.
Dans
"Pouchkine et le conte africain", Olympe Bhêly-Quenum
nous plonge dans la magie, le surnaturel des contes de Pouchkine
qu'il avait très tôt découvert dans son Dahomey
natal. Bhêly-Quenum nous prouve qu'il est un des rares écrivains
africains de sa génération à avoir lu de manière
extensive le poète russe. Très jeune, vers l'âge
de onze ou douze ans, il était tombé sur des récits
de Pouchkine qu'il avait lus dans des traductions françaises.
Frappé par le contenu des contes de Pouchkine qu'il nous
invite à découvrir, O. Bhêly-Quenum y trouve
des similitudes avec les contes africains tant dans la structure
narrative que dans la thématique abordée. Il nous
propose donc une étude comparée entre les contes russes
de Pouchkine, Le Fabricant de cerceuils, La Demoiselle paysanne,
Conte du Roi Saltan, Conte de la princesse morte et des sept chevaliers,
Conte du coq d'or..., et les contes africains de Birago Diop,
Bernard Dadié, Yamba Tiendrebeogo et ses contes à
lui. Il souligne également les influences franc-maçonniques
de Pouchkine (initié en 1821 et dont le père était
également franc-maçon) présentes dans certains
de ses textes mais qu'on aura voulu occulter dans certaines traductions
françaises.
Les
poètes Niyi Osundare et
Alain
Mabanckou
nous ont fait parvenir chacun un poème sur Pouchkine : respectivement
Bronze Horseman et Le poète et l'ancêtre.
PARTIE
III : REGARDS
"Pouchkine
et les écrivains russes du XIXe siècle : quel intérêt
pour le Nègre, l'Africain?" Telle est la question à
laquelle Daniel
Biyaoula
essaie de répondre dans son texte. A travers un voyage dans
la littérature russe où sont évoqués
Gogol, Lermontov, Dostoïevski, Tolstoï, Tourgueniev, Tchekhov,
Saltykov-Tchédrine, etc. Daniel Biyaoula nous montre que
l'influence de Pouchkine est permanente. On comprend alors pourquoi
il y a un avant et un après-Pouchkine dans la littérature
russe. Et pourquoi la lecture des écrivains russes peut être
profitable à l'Africain. Les analogies entre monde russe
et monde noir sont frappantes, précise Biyaoula qui en énumère
quelques unes : oralité, esclavage, domination étrangère,
problèmes de langue, d'identité, autocratie...
Le
témoignage que nous apporte Arnoldo
Palacios
dans "La Négritude de Pouchkine et le racisme" nous plonge
dans le Moscou de la fin des années 50 où il fut invité
par l'Union des Ecrivains Soviétiques. Ce séjour moscovite
le rapprocha de Pouchkine et l'amena à s'interroger sur les
raisons pour lesquelles la "négritude" de Pouchkine n'empêcha
pas les Russes d'en faire le symbole de leur culture.
Cet
ouvrage consacré à
la dimension africaine de la vie et de l'oeuvre de Pouchkine se
veut également une ouverture sur certains aspects des relations
culturelles entre le monde noir et la Russie. Et de leurs influences
réciproques. Si Pouchkine a pu influencer certains écrivains
du monde noir, des représentants de l'Afrique et de sa diaspora
ont également influencé la Russie. Au XIXe siècle,
l'acteur noir Ira Aldridge, ami du poète ukrainien Tchevchenko,
influença de facon déterminante l'art théâtral
en Russie. Au XXe siècle, pour ne citer qu'un exemple, le
jazz, création musicale noire américaine, pénétra
la Russie au point de féconder la musique russe. Pourtant,
comme nous l'explique Lisa Davenport dans "Into the Forbidden
Land : American Jazz in Russia in the 1960s" ce ne fut pas sans
mal. L'évolution des attitudes russes envers le jazz de Gorki
à Khroutchev, de son rejet à son adoption, est fascinante.
Pour Davenport, ce ne fut pas un simple mouvement culturel. Le pouvoir
politique soviétique ne resta pas indifférent et la
musique noire devint même un enjeu de la Guerre froide.
PARTIE
IV : TEXTES CHOISIS DE POUCHKINE
A.
Poèmes : <<Le poète et la foule>>;
<<L'Antchar>>; <<A***>>; <<Envoi en
Sibérie>>; <<A la vieille bonne>>; <<Ma
généalogie-Post Scriptum>>
B.
Correspondance: Lettre au général Benkendorf - 1830
C.
Roman : Le Nègre de Pierre le Grand
Le
Nègre de Pierre le Grand est le premier roman historique
russe. C'est aussi la première oeuvre littéraire de
fiction écrite en Russie ayant un Noir pour personnage central.
Pouchkine écrivit ce texte en 1827. Deux ans auparavant,
dans Eugène Onéguine, il avait informé
les lecteurs russes d'un projet qui lui tenait à coeur :
"En Russie où faute de mémoires historiques, on oublie
vite les hommes illustres, la singularité de la vie d'Hanibal
n'est connue qu'à travers les légendes familiales.
Avec le temps, nous espérons publier sa biographie complète".
Pour écrire ce livre, Pouchkine n'hésita pas à
faire de fatigants voyages à la campagne pour rencontrer
le seul fils d'Hanibal encore vivant en ces années-là,
Pierre Abramovitch Hanibal, général à la retraite.
Il le rencontra plus d'une fois comme en témoigne cet extrait
d'une de ses lettres écrite en août 1825 : "Je compte
voir encore mon vieux nègre de Grand'Oncle qui, je suppose,
va mourrir un de ces quatres matins et il faut que j'aie de lui
des mémoires concernant mon aïeul". Il reçut
effectivement de son vieux parent plusieurs documents à caractère
biographique dont il s'inspira pour écrire Le Nègre
de Pierre le Grand. Dans le roman, l'aïeul Abraham devient
Ibrahim.
Le
lecteur trouvera des précisions et commentaires de ce roman
dans les textes de certains auteurs du présent ouvrage.
Présence
Africaine est à notre connaissance, le premier éditeur
africain à publier en intégralité Le Nègre
de Pierre le Grand de Pouchkine. Ethiopia Observer d'Addis-Abeba
en avait publié quelques chapitres dans son numéro
spécial consacré à Pouchkine en 1957. Aux Etats-Unis,
dans la diaspora africaine, l'honneur revient à la revue
Negro Life d'avoir publié la première traduction
anglaise du roman inachevé de Pouchkine
dans les années 1930.
par
Dieudonné Gnammankou
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