ENTRE LA RUSSIE ET L'AFRIQUE : POUCHKINE, SYMBOLE DE L'AME RUSSE
par Dieudonné GNAMMANKOU in Diogène, n°179, juillet-septembre 1997
FIN

Notes

1 Voir D. Gnammankou "La traite des Noirs en direction de la Russie" in La Chaîne et le lien, Doudou DIENE (Ed.), Paris, Editions Unesco 1998.

2 Czeslaw Jesman , 1966, "Early Russian Contacts with Ethiopia" in Proceedings of the Third International Conférence of Ethiopian Studies, Addis Ababa, Institute of Ethiopian Studies, Haile Selassie I University, p. 253-267.

3 Lettre au Sénat russe, 1742. Dans ce document autobiographique, Hanibal ne précisa pas toutefois le nom du pays où se trouvait la ville de Logone. Un demi-siècle plus tard, Rotkirkh, gendre d'Hanibal écrivit que celui-ci était un Nègre d'Abyssinie dans un document connu sous le nom de Biographie allemande. Vers la fin du XIXe siècle, à l'approche du centenaire de la naissance du poète, on chercha en Russie à déterminer le pays d'origine du bisaïeul noir de Pouchkine. En 1899, un savant russe, Anoutchine annonça qu'il avait découvert la ville de Logone en Ethiopie. Ainsi naquit la légende de l'origine éthiopienne de Pouchkine. Mais Anoutchine avait procédé à une falsification toponymique en transformant Logo - Tchova, le nom d'un village du nord de l'Ethiopie en Logone. Quelques décennies plus tard, Vladimir Nabokov entreprit de retrouver en Ethiopie la ville de Logone conformément aux indications d'Anoutchine. Sans succès. Ayant conclu que la Biographie allemande où était mentionnée l'Abyssinie était une source d'information pleine d'erreurs, et s'étant rendu compte que dans l'article d'Anoutchine, le toponyme éthiopien "Loggo ou Logo" était miraculeusement devenu d'un commentaire à l'autre "Loggom, Logom" puis "Loggon, Logon", Nabokov décida d'ignorer le travail de celui-ci afin de mener ses propres recherches. Il recommença à zéro et ne retrouva pas Logone en Ethiopie. En réalité, la ville de Logone se trouvait ailleurs en Afrique, dans une principauté du même nom située dans le bassin du Lac Tchad, territoire autrefois appelé Soudan Central (actuel Cameroun). C'est la conclusion à laquelle nous sommes parvenus après une étude critique de tous les travaux de nos prédécesseurs et de nouvelles recherches (cf. les articles 1- Otkuda rodom Ibragim Gannibal, Rossiyskie Vesti, n°101 du 02 juin 1995, pour la version française : "Où est né Abraham Hanibal?", in D. Gnammankou, 1996, Abraham Hanibal, l'aïeul noir de Pouchkine; et 2- "Nouvelles recherches sur les véritables origines africaines d'Abraham Hanibal", paru dans The Herald of the Russian Academy of Sciences, Tome 65, N°12, déc. 1995.

4 Boukalov, Roman o carskom arape, (Le roman sur le Nègre du tsar), Moscou, Prométhée 1990, p. 22.

5 Emile Haumant, Pouchkine, Paris et Cie éd., 1911, p. 14.

6 Extrait de A.S.Pouchkine, Correspondance (non traduit), Moscou, Editions Nauka, 1965, t.X, p.49.

7 Boukalov, Roman o tsarskom arape, (Le roman sur le Nègre du tsar) 1991, p.27.

8 En mai 1820, Pouchkine fut exilé dans le sud de l'empire russe pour avoir écrit des vers politiques, en particulier l'Ode de la liberté. En juillet 1824, il fut transféré au Nord-Ouest de la Russie, à Mikhailovskoé après que la police eût intercepté une de ses lettres contenant des idées athées (D. Blagoj, Alexander Pushkin, Unesco, 1981). C'est Nicolas I, devenu empereur après la mort d'Alexandre I, qui mit fin au second exil de Pouchkine en septembre 1826. Les ennuis du poète avec le pouvoir ne furent pas pour autant terminés car Icolas I décida d'être lui-même le censeur de Pouchkine et il le fit mettre sous surveillance policière.

9 Pierre Arminjon, Pouchkine et Pierre le Grand, Paris, Librairie des Cinq Continents 1971.

10 Avant son mariage en 1831 avec Nathalie Gontcharova, Pouchkine s'était fait remarquer à Moscou et Pétersbourg par ses nombreuses aventures. Il aimait les femmes et tous les plaisirs des sens et de l'esprit qui étaient pour lui autant de dons du Ciel (D. Seseman). Ses admiratrices étaient nombreuses dans la haute société et il immortalisa certaines de ses amours dans de nombreux vers. Pouchkine qui s'estimait "laid" était pourtant considéré comme beau et très séduisant par les femmes.

11 Mir Puskina (Le Monde de Pouchkine), St. Pétersbourg, Pouchkinski Fond, 1993, T. I.

12 Pouchkine, Œuvres complètes : Autobiographie, critique, correspondance, traduction d'André Meynieux, Paris, André Bonne Editeur 1977..

13 Vladimir Nabokov, Pushkin and Hannibal, in Encounter, n°106, 1962. Legendy i mify o Puskine (Mythes et Légendes sur Pouchkine), St. Petersbourg, Akademitcheski Projekt, 1995, pour la traduction russe .

14 cité par Boukalov, ibid.

15 Lettre d'Anna S. Hannibal à D. Anoutchine, d'Odessa, le 6 11 1899 in Vsesojuznaja Biblioteka V.I. Lenina, Trudy, Sbornik IV, Moscou 1939, p. 163.

16 N. L. Brodski, A. S. Puskin - Biografia, (A. S. Pouchkine, une biographie) Moscou, 1937, p.572, cité par Boukalov, Roman o tsarskom arape, (Le roman sur le Nègre du tsar) 1991, p.120.

17 Louis Martinez, Alexandre Pouchkine, Poésies, Gallimard 1994.

18 Marina Tsvetaeva, Mon Pouchkine, Paris, Clémence Hiver, 1987.

19 Legendy i mify o Puskine (Mythes et légendes sur Pouchkine), St. Petersbourg, Akademitcheski Projekt, 1995.

20 N. I.Granovskaïa, Esli exat' vam slucitsa... (Au cas où il vous arriverait d'aller...), Leningrad., Lenisdat, 1989.

21 Boukalov, op. cit. Traduction de l'auteur.

22 Pouchkine écrivit en 1824 de Mikhaïloskoé à son ami Yazykov les vers suivants :

Dans le village où le pupille de Pierre
Des tsars et tsarines le serviteur aimé
Et leur compagnon resté dans l'oubli
Se réfugiait mon bisaïeul nègre,
Ayant oublié Elisabeth et les autres,
Et la Cour et les somptueux banquets,
Sous l'ombre des allées de tilleuls
Pensait durant les froids été
A son Afrique lointaine,
Je t'attends.

23 A. Pouchkine, Début d'Autobiographie, in D. Gnammankou, Abraham Hanibal, l'aïeul noir de Pouchkine, Paris, Présence Africaine, 1996, p. 208.

24 Traduction de Louis Martinez, ibid.

25 Traduction d'André Meynieux, in Pouchkine. Oeuvres complètes. Autobiographie. Critique. Correspondance, Paris, André Bonne Editeur, 1977.

26 G. Alexinsky, Pouchkine l'Africain, in le Figaro Littéraire, n°276, août 1951.

27 Daniel Zimmerman, Alexandre Dumas le Grand, Paris, Julliard, p.354.

28 Youri Lotman, Pouchkine, St. Pétersbourg, Iskousstvo, 1995, p. 181.

29 Pouchkine fut le plus illustre des descendants de l'Africain de Russie Abraham Hanibal. Son épouse, Nathalie, lui avait donné quatre enfants : Marie, Alexandre, Grégoire et Nathalie. L'aînée, Marie (1832-1919) fut mariée au général-major Leonid Hartung. Alexandre (1833-1914) fut général lieutenant dans l'armée russe. Héros de guerre, il fut décoré à plusieurs reprises. Son frère Grégoire (1835-1905) quitta très tôt l'armée et fit carrière dans l'administration. Il devint conseiller d'Etat en 1896. Quant à Nathalie, que ses contemporains considéraient "plus belle que sa mère malgré ses traits africains irréguliers (sic)", elle épousa à Londres en secondes noces le prince allemand Nicolas de Nassau qui était un parent des Romanov, la famille impériale russe. Elle devint comtesse de Merenberg en 1867. Sa petite-fille la comtesse Nada de Torbi épousa à Londres en 1916 le prince allemand Georges de Mountbatten , l'oncle de Philippe d'Edimbourg, l'époux de la reine d'Angleterre, et devint marquise de Milford-Haven. De nos jours, les nombreux descendants de Pouchkine vivent aux quatre coins du globe.

 
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