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Pouchkine,
écrivain russe, Noir, génial et subversif
par
Henriette Sarraseca
(MFI)
Il y a 200 ans naissait Alexandre Pouchkine : alors que la Russie
célèbre son idole, plusieurs ouvrages paraissent sur
lui, dont un numéro spécial de Présence africaine
intitulé Pouchkine et le monde noir. Plongée dans
une œuvre et une vie hautement romanesques.
Tout
comme le grand Alexandre Dumas, Alexandre Pouchkine était
d'ascendance africaine. Son arrière-grand-père, Abraham
Hannibal, avait eu une vie étonnante, un destin qu'aucun
romancier n'aurait osé inventer. Ainsi que l'a montré
dans une précédente biographie le chercheur en études
slaves et africaines Dieudonné Gnammankou, qui dirige cet
ouvrage, l'enfant avait été enlevé sur le Logone,
dans le nord-Cameroun, par des Baguirmis " soumis à Allah
" - son origine ne serait donc pas, comme on l'avait pensé,
éthiopienne. Vendu à Constantinople, racheté
par l'ambassadeur de Russie, il est adopté par l'empereur
Pierre le Grand. Le tsar l'envoie parfaire son éducation
à Paris où il vit une passion torride avec une comtesse
mariée qui lui donne un fils clandestin. Rentré en
Russie, il devient ingénieur, général d'armée,
épouse en premières noces une femme qui le trompe
et dont il se sépare. Puis une noble d'origine germano-suédoise
avec laquelle il a quatre fils et trois filles. Mort à 85
ans, il a eu de nombreux descendants qui vivent aujourd'hui en Russie,
aux Etats-Unis, en France, en Angleterre, en Allemagne, au Japon
et de nouveau en Afrique…
Né en 1799, son arrière-petit-fils Alexandre Pouchkine
mourra à 37 ans, tué en duel par un officier français,
d'Anthès, qui convoitait sa femme. Considéré
comme le premier grand écrivain russe, il a utilisé
tous les genres : poèmes mais aussi contes, pièces
de théâtre, biographies, romans en vers et en prose
(Boris Godounov, La Dame de pique, Eugène Onéguine…).
" Pouchkine a insufflé aux vers russes la flamme, le génie
qu'ils ne contenaient pas en utilisant une langue russe vivante,
légère, alliant simplicité, fraîcheur
et charme, écrit Daniel Biyaoula. Il a su écrire des
œuvres typiquement russes, dépouillées de tout apport
occidental, créées en russe (…) et donner aux gens
du peuple un rôle prépondérant… " Chantre de
la liberté et du mérite personnel, il est aussi universel
que subversif. " Le Nègre, poursuit Biyaoula, devrait lire
la littérature russe du XIXe siècle, la méditer.
Il y verrait combien la foi en soi, en ce qu'on est, en ses traditions,
en son âme, permet de digérer toutes sortes d'influences,
de les intégrer sans mourir. "
Mal connu des Africains francophones, Pouchkine est admiré
par les grandes figures du monde noir américain : Du Bois,
Paul Robeson, Langston Hughes, Richard Wright, Claude McKay, etc.
Et si les aînés comme Senghor ou Tchicaya U Tam'si
n'ont pas évoqué le créateur russe, la jeune
génération (B. Mongo-Mboussa, J. J. N'Kollo, A. Mabanckou)
s'y intéresse. Troublant : la poétique de Pouchkine,
le défenseur de la langue orale russe, serait mieux comprise
si on interrogeait les langues africaines ; c'est, rappelle Blaise
N'Djehoya, ce que pensait Cocteau.
Pouchkine revendiquait volontiers sa part d'africanité. Son
grand projet, peu avant de mourir, était d'écrire
un roman historique retraçant la vie de son aïeul Hannibal.
Un roman intitulé Le Nègre de Pierre le Grand, dont
il n'existe que cinq chapitres (reproduits dans ce volume) et qui
aurait permis au père de la littérature russe d'effectuer
un retour vers une partie de lui-même - ses lointaines racines
africaines.
Pouchkine et le monde noir, sous la direction de Dieudonné
Gnammankou. Présence africaine. 288 p., 198 FF.
Henriette
Sarraseca
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