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Chief
Albert LUTHULI
En
1960, les jurés Nobel attribuent le Prix Nobel de la Paix
au leader sud-africain Albert John Luthuli. Président de
l'African National Congress (ANC)
depuis 1952, il est engagé dans une lutte inégale
contre l'oppression raciale
rendue légale par le pouvoir raciste blanc d'Afrique du Sud.
<<Ce prix est la reconnaissance des sacrifices
réalisés par les Sud-africains de toutes races, en
particulier les Africains qui ont tant subi et souffert si longtemps>>,
explique Luthuli qui n'a pu recevoir son prix en Norvège
qu'après des mois de fortes pressions sur les autorités
de son pays.
En mars de cette même année 1960, le régime
de l'apartheid ordonne le massacre de plusieurs dizaines de manifestants
noirs à Sharpeville. L'ANC proteste fermement et Luthuli
brûle publiquement son "pass".
Pendant une quinzaine d'années, bannissements, interdictions
de séjour ou de voyages à l'étranger, arrestations
et emprisonnements sont le lot quotidien du père du nationalisme
noir d'Afrique du Sud. Pourtant, Luthuli mène un combat politique
prônant des méthodes pacifiques, ce qui lui vaut d'ailleurs
d'être surnommé le Ghandi de l'Afrique.
Son prestige international est immense. Le sénateur américain,
Robert Kennedy, en visite en Afrique du sud a dit de lui qu'il était
"l'un des hommes les plus impressionnants" qu'il ait jamais
rencontrés. En 1962, Luthuli est élu recteur de l'Université
de Glasgow, en Ecosse. Mais il n'est pas autorisé à
quitter l'Afrique du Sud pour prendre part à la cérémonie
d'investiture. La même année, il publie un livre à
caractère autobiographique, Let My People Go, qui
confirme ses talents d'homme de lettres.
Avant de se lancer dans la politique en 1945, le chef Luthuli a
été professeur d'histoire et de littérature
zoulou à Adams College où il a lui-même été
formé, dans le Natal. A sa naissance, en 1899, ses parents
vivent en Rhodésie du sud (Zimbabwe). C'est en 1909 que sa
famille rentre au bercail -ils sont originaires du Natal- après
le décès de son père. A la fin des années
1920, Luthuli est secrétaire général de l'Association
des professeurs africains, puis son président en 1933. Aristocrate
de naissance, son peuple lui fera appel pour le diriger après
le décès de son oncle. Luthuli refuse d'abord avant
de céder deux ans plus tard, en 1935. Il renonce à
son métier d'enseignant et est élu chef de l'Umvoti
Mission Reserve. Ses nouvelles fonctions lui feront découvrir
la grande misère de son peuple.
Son ascension au sein de l'ANC, qui revendique l'égalité
des droits pour tous les citoyens, sera rapide. Devenu un de ses
membres en 1945, il est, six ans plus tard, le président
de sa section du Natal. Mais les autorités de l'Union sud-africaine
voient d'un mauvais oeil son engagement politique et le destituent
de la chefferie au motif qu'il ne peut cumuler des responsabilités
à l'ANC et dans l'administration locale. Pour lui exprimer
leur confiance, ses sujets refusent d'élire un nouveau chef.
Ses talents d'organisateur, son intégrité, - il n'est
pas un homme à vendre -, et sa popularité lui vaudront
d'être, dès décembre 1952, élu Président-général
de l'ANC. Son secrétaire d'alors est un certain... Nelson
Mandela.
Mais le pouvoir blanc lui fera une guerre sans pitié. En
1952, il est proscrit pour deux ans. En 1956, il est arrêté
avec 145 autres dirigeants et accusé de "haute trahison".
Il est relaché un an plus tard, faute de preuves. En 1959,
il est assigné à résidence dans son village
et interdit de toute activité politique pendant cinq ans.
En 1960, l'ANC est frappé d'interdiction et devient un
mouvement clandestin qui optera pour de nouvelles méthodes
de lutte, y compris la lutte armée.
Jusqu'à sa mort tragique survenue le 21 juillet 1967, Luthuli
restera à la tête de l'ANC. Sous son impulsion, l'ANC
utilise la méthode non-violente de "résistance
passive" pour combattre les lois de l'apartheid. Dans les
années cinquante et au début des années soixante,
le mouvement qu'il dirige est devenu une puissante organisation
de masse. Son objectif principal est d'instaurer une société
libre de toute oppression raciale. Pour Luthuli, l'Afrique du Sud
appartient à tous ses habitants quelle que soit la couleur
de leur peau. Il importe donc de mettre un terme à la tyrannie
exercée par la minorité blanche qui s'est emparée
de toutes les richesses du pays. Quant au fondement philosophique
de cette lutte pour la liberté, c'est le "nationalisme
africain". Ce nationalisme, explique-t-il, inclut toutes
les composantes raciales du pays et doit reposer sur le principe
non discriminatoire de "liberté pour tous"
et "d'unité pour tour tous". L'Afrique du sud de
l'an 2000, malgré ses inégalités économiques,
ne déplairait certainement pas à cet homme dont le
rêve est devenu réalité.
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