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Inédit

Gabriel KOTCHOFA , un Béninois professeur à Moscou

Docteur en prospection des hydrocarbures,
ingénieur géologue, il est l'un des rares Africains
à être professeur dans une université russe.

Elu pour cinq ans membre du corps professoral de l'Académie Goubkine de pétrole et de gaz de Moscou, il enseigne les bases théoriques de la recherche pétrolière et gazière. Consultant depuis 1996 au Laboratoire de géologie et géochimie du même établissement, il est actuellement membre du Bureau d'Etudes et de Recherches des gisements de la Sibérie du Nord. Il est l'auteur de plus d'une demi-douzaine de publications scientifiques. Marié à une Russe et père d'un fils de neuf ans, Gabriel Kotchofa vit en Russie depuis septembre 1981. Il a 42 ans.
Mais ce scientifique a plus d'une corde à son arc. Une fois à l'extérieur de l'Académie de pétrole et de gaz de Moscou, M. Kotchofa doit partager son temps libre entre de nombreuses autres activités.
Il est président et membre fondateur de la puissante Association des Etudiants Etrangers en Fédération de Russie forte de 70 000 membres originaires de 150 pays. Bien que le 1er Congrès ait eu lieu en février 1995, c'est seulement en mai 1996 que l'Association a reçu l'agrément des autorités russes qui, apparemment, ne voyaient pas d'un bon oeil la constitution d'un aussi important groupement d'étudiants étrangers. L'Association ne bénéficie d'ailleurs d'aucune subvention de l'Etat russe en dépit des difficultés financières auxquelles elle est régulièrement confrontée.
Gabriel Kotchofa est également Vice-Président du Haut Conseil des Béninois de l'Extérieur.
Passionné de poésie, il est le lauréat de plusieurs concours internationaux de poésie. Le poète russe Anatoli Vetrov lui a consacré dans le receuil de poésies, Qu'advienne le Bien! publié à l'occasion des 200 ans de la naissance de Pouchkine, des vers intitulés Un Noir lit Pouchkine .


Question
Quels sont les activités et les objectifs poursuivis par l'Association des Etudiants Etrangers que vous dirigez?
G.K.
L'Association a pour objectif principal de défendre les intérêts des étrangers étudiant dans la Fédération de Russie et de les représenter. Quant à nos activités, elles ont trait à différents aspects de la vie des étrangers en Russie. Nous informons les milliers de membres de l'association sur les lois de ce pays et par conséquent, sur leurs droits et devoirs. Nous mettons à leur disposition les informations nécessaires pour choisir l'établissement universitaire et la ville qui conviennent le mieux pour leurs études. Les étudiants étrangers peuvent obtenir la liste des organismes à qui s'adresser en cas de problèmes. Nous les aidons parfois à trouver un emploi ou à signer des contrats. Nous informons régulièrement les médias des conditions de vie des étudiants étrangers en Russie.


L'Association s'occupe des problèmes sociaux de ses membres. Nous avons créé des banques de données sur les différentes catégories sociales de nos membres. Nous aidons aussi les enfants métis abandonnés. De nombreux enfants nés de liaisons sans lendemain entre des étudiants et des femmes du pays restées seules et sans moyens pour s'occuper de ces enfants. Nous accordons des aides à certains de ces enfants métis pour qu'ils puissent faire des études.

Dans le domaine de l'éducation, nous servons de relais aux étrangers qui souhaitent effectuer leurs études supérieures avec des bourses de l'Etat russe. Actuellement, une centaine de bourses sont octroyées chaque année pour des études de longue durée (5 ans). Des bourses de stages de perfectionnement de six mois existent aussi.


L'Association a également des activités culturelles et sportives
: nous avons pris part à la célébration du Bicentenaire de la naissance du poète Alexandre Pouchkine en organisant un Festival Pouchkine à l'Académie de pétrole et de gaz de Moscou. Lors des 850 ans de la ville de Moscou, 450 étudiants étrangers ont participé au défilé. En 1998, au moment où se déroulait la Coupe du Monde Football en France, nous avons organisé ici à Moscou notre propre Coupe du Monde.

Question
Quelles relations entretenez-vous avec les organisations russes et étrangères?
G.K.
Nous collaborons avec différentes organisations pour la résolution des problèmes des membres de l'association. Au niveau russe, avec le Ministère de l'Education, avec les organisations de jeunesse de la Fédération de Russie, la Mairie de Moscou et aussi avec les forces de l'ordre. Il n'est pas rare que des étudiants étrangers soient agressés dans la rue. Il n'est pas non plus exclus que des étudiants étrangers commettent parfois des délits. Nous intervenons à différents niveaux. Sur le plan international, nous sommes en rapport avec l'Organisation Internationale des Migrations qui nous aide à rapatrier des anciens diplômés étrangers bloqués en Russie parce qu'ils n'ont pas les moyens de payer leur billet retour. Nous essayons de renouer des contacts avec les promus des universités russes du monde entier. Plus de 500 000 étrangers ont étudié en URSS au cours des dernières décennies et huit d'entre eux sont actuellement chefs d'Etat en exercice. En Chine, Mongolie, Egypte et en Angola, pour ne citer que ceux-là. Certains sont devenus des savants, des écrivains, des chefs d'entreprises...

Question
Parlez-nous de votre passion pour la poésie et les langues.
G.K.
J'adore lire les poésies de Pouchkine. J'ai ainsi pris part à plusieurs concours internationaux de Poésie consacrés à Pouchkine. Depuis 4 ans, c'est moi qui remporte toujours le 1er Prix. Pour le Bicentenaire de la naissance du poète russe qui était d'origine africaine, j'avais voulu réciter 200 poésies de Pouchkine au Festival que nous avions organisé. J'ai pu en réciter 193!
Quant aux langues, outre le fon, le dassa, le yorouba et le haoussa, je parle aussi le français, l'anglais et bien entendu le russe.

Question
Pensez-vous retourner un jour au Bénin ou en Afrique avec votre famille?
G.K.
Oui! Mon rêve serait de retourner en Afrique. Mais pour cela, il faudrait sentir un peu que mon pays ait besoin de moi. Or jusqu'à présent, je n'ai pas cette impression. Mon plus grand souhait serait de mettre mes connaissances et mon expérience au profit du Bénin et de l'Afrique.

Interview réalisée en septembre 1999.

 

©2000-2001 Dieudonné Gnammankou