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Pouchkine
: un exemple pour l'Afrique?
L'oeuvre
fondatrice de Pouchkine dans le domaine de la littérature
russe fait de lui un modèle pour les hommes de lettres africains.
La littérature russe a gagné ses lettres de noblesse
en Europe lorsque ses écrivains sont parvenus à maîtriser
et à créer dans leur langue maternelle des oeuvres
littéraires de qualité. Pouchkine joua dans ce processus
un rôle prépondérant.
Au
début du XIXe siècle, la langue russe parlée
était rarement utilisée par les auteurs russes. Les
élites russes se trouvaient dans une situation où
elles ne pouvaient "se servir ni de la langue écrite slavonisante
trop encombrée d'archaïsmes inintelligibles, ni du russe
parlé, où faisaient défaut les termes abstraits.
C'est pourquoi, note Paul Garde (Histoire de la littérature
russe. L'époque de Pouchkine et Gogol), à la fin
du XVIIIe siècle comme au début du XIXe, [la société
aristocratique russe] avait recours habituellement à un troisième
idiome, le français, alors langue universelle utilisée
par toutes les élites européennes et qu'elle jugeait
seule propre à exprimer ses idées et son mode de vie,
l'un et l'autre empruntés à l'Occident". L'histoire
de la langue et de la littérature russe présente un
intérêt considérable pour les langues et littératures
africaines en formation. La langue russe était méprisée
par ...les Russes eux-mêmes. En 1802, l'historien Karamzine
dénonça cette situation et s'evertua à démontrer
la richesse de sa langue maternelle :
<<Laissons
nos aimables dames affirmer que la langue russe est grossière
et inexpressive; que des mots français comme charmant
et séduisant, expansion et vapeurs,
y sont intraduisibles (...) Notre langue est parfaitement capable
d'exprimer non seulement la haute éloquence, mais aussi la
tendre simplicité>>.
Puis
s'interrogeant dans un autre article sur le faible taux d'écrivains
de talent dans son pays, il donna les conseils suivants aux future
écrivains :
<<Un
Russe qui prétend devenir écrivain, et que les livres
ne satisfont pas, doit les former et écouter les conversations
autour de lui, s'il veut mieux connaître sa langue. Mais ici
nouveau malheur : dans les vieilles maisons on parle surtout le
français. Alors que peut faire notre écrivain? Inventer
des expressions, en fabriquer>>.
Ces
conseils ne tombèrent pas dans des oreilles de sourds. Pouchkine
qui avait grandi en apprenant d'abord le français allait
pourtant devenir le fondateur de la langue littéraire russe.
Il écoutait sa grand-mère, sa nourrice, les paysans
dans les campagnes parler le russe pour enrichir son lexique. Il
inventait, fabriquait les mots ou les formait à l'aide de
mots étrangers. Et la langue littéraire russe moderne
fut.
En
cette fin de XXe siècle, les langues africaines - excepté
le remarquable exemple du kikuyu avec Ngugi Wa Thiong'o (Diogène
n°184) - sont toujours à la recherche de leurs Pouchkines.
Puisse cette célébration du Bicentenaire de la naissance
du poète et génie national russe, Pouchkine, marquer
une nouvelle étape dans l'histoire des littératures
africaines.
Cet
ouvrage n'aurait pas pu voir le jour sans la ferme détermination
de Mme Christiane Diop directrice de la revue Présence
Africaine. L'intérêt de la revue et de la maison
d'édition du même nom pour la Russie ne date pas d'aujourd'hui.
Déjà en 1961, Présence Africaine publiait
un livre sur les Etudes africaines en Russie. Dans les colonnes
de la revue, plusieurs africanistes russes eurent l'opportunité
de publier leurs travaux au fil des années. Quelques auteurs
de la maison d'édition, spécialisée dans la
littérature africaine, furent traduits et publiés
en russe.
En
1996, la publication de ma biographie d'Abraham Hanibal par Présence
Africaine allait dans le droit fil de la ligne éditoriale
de cet éditeur qui tenait ainsi à souligner que l'Afrique
était aussi présente en Russie. Abraham Hanibal,
l'aïeul noir de Pouchkine, vient d'être traduit et
publié en Russie aux Editions Molodaïa Guardia
de Moscou.
Je
remercie très sincèrement tous ceux qui ont collaboré
à la préparation de cet ouvrage, en particulier, Lucie
N'Kaké, Janis Mayes, Andrei, A. Blakely, L. Golden, W. Girardin,
C. Fioupou, F. Balogoun, M. Claxton, M-O Boyer, R. Agonsè,
B. Touré, D. Sègla et tous que je ne peux nommer ici.
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