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Et les chiens se taisaient… Mais Les arbres aussi versent les larmes… Il est des pages qu’aucune main ne saurait tourner comme il est des sommets de montagne que nul alpiniste ne pourrait franchir. Il est des levains connus des seuls pâtissiers déterminés à combattre la faim dans le monde, au nom des fins ultimes de l’être. Il en est ainsi des livres qui deviennent des pains au service de La condition humaine et de l'alimentation universelle. Et puisque Mongo Beti en a écrits, il est par conséquent des défis qui ne peuvent s’achever comme il est des missions qui ne se terminent jamais. Elles ne le seront que le jour où le dernier homme aura quitté ses fers. Pour toi, Mongo Beti, aurore tropicale, colère tropicale, révolte tropicale jusqu'à l'excès de raideur équatoriale, voici que les baobabs et Les arbres, échappés de la destruction massive, versent aussi les larmes. Alors qu’il soit dit qu’il est des plumes, qu’il est des figures, qu’il est des personnages incorruptibles que le sens de l’homme a établis titulaires d'une chaire immortelle : celle de la sauvegarde du moignon d’humanité extrait de notre monumentale perdition. Enfant beti, enfant noir, empêcheur de crétiniser en rond, apostropheur coulé dans les habits de l’honneur, Mongo Beti, a rejoint Le royaume du fruit-étoile. Alors, pas de pleurs !… Mais serrements de cœur !… mais serment de fidélité pour ferments de rupture ! Qui taquinerai-je désormais en ces jours livides et vides ? Qui chantera l’Antsa, ce chant royal exprimant Les raisins de la galère sur le chemin de la démocratie confisquée ? Qui engagera encore le bras de fer pour La défense de l’infini et de la grandeur de tous les hommes, de toutes les femmes libres d’Afrique ? Les chroniques à Sassine se sont tues, voici que se ferment les portes de la librairie des peuples noirs. Mais qu’il soit dit, aa nti Biyidi, que tu ne délaisseras pas un Monde qui s’effondre ! Tu ne baisseras pas Tes yeux de volcan sur nos Tristes tropiques. Tant d’épreuves ont abouti à La moisson des crânes et ont couvert le continent du pagne noir du déshonneur. Balbala ! Cruautés et crimes en abondance, mais absence de châtiments ! Parodies de vies sur l’Assommoir des libertés. Mane mongo Beti, Alexandre Biyidi Awala ! souam ibele ma ! Il est des souvenirs qui éclaboussent la mémoire des hommes au lieu de remplir de joie la Place des fêtes. C’est par devoir de violence qu’il faut s’élever contre les accroupissements pour illuminer et Tanga Nord, et Tanga sud. Chants pour Rosa Park, pour Martin Luther King Junior, chants à la mémoire des dieux malgaches et contre les rois nègres ayant abandonné Les damnés de la terre à la ruine presque cocasse d’un ou plusieurs polichinelles. Et les chiens se taisaient… Mongo Beti, mbondé, yi idjom ma wock ine bebela ngaa ? Tu es donc parti comme un coup de feu détestable dans la nuit de notre adolescence. L’enfant des masques vient de revêtir le costume de deuil pour ouvrir Le livre de l’intranquillité et sonner le réveil de Batouala. Comment recalibrer la ronde enfantine et cadencer La polka en écartant Les crapauds-brousses ? Sans cinéma ou Un attiéké pour Elgass, peut-on assurer Le mandat impossible des bouts de bois de Dieu sur cette terre d’infortune ? Magnan mott, Une vie de boy est vraiment Un piège sans fin ! Me voici, Le dernier des orphelins invoquant l’ombre d’Imana. Les hauteurs de Nyamirando disent L’état honteux des temps. Pourrissements et ironie. Pourrissements sur le ciel d’octobre. René Philombe, ton ami, dont la santé te préoccupait tant, s’en est allé au soir de ton départ. Ironie perfide d’un Octobre noir. Te faire ça, à toi qui n’aimas octobre que revêtu de rouge ? Faucille et Marteau ? Non ! Couleur ocre semblable à la terre de Mbalmayo. Mais voilà !… Insuffisance rénale ? Maudite insuffisance ! Car avec elle, les longs manteaux de suffisance n’ont pas attendu le chant du coq pour s’avilir et trébucher. On ne se refait pas ! Les voici pris la main dans Le sac de billes. Ils ont fait main basse sur le pays des crevettes, main basse sur le continent premier, main basse sur les organes des enfants, main basse sur les barils de vin, main basse sur les barils de pétrole, et ils ont cru pouvoir faire main basse sur Mongo africa. Bassesses et tristesses ! Les ripailles se transformeront en barils de poudre ! Légitime sera donc la défense. Et ils n’ont pas frémi en essayant de rééditer sous ton nez, le coup tordu du vieux nègre et de la médaille. Médaille de pacotille ! Après les tracasseries, voici une bien étrange quincaillerie pour une si piètre comédie. Et Le plan B. devint le sommet des bêtises… Mongo Beti, magnan mott, kelleu… Assou dzé ? Allah n’est pas obligé de répondre, mais c’est la vilenie, c’est La vie et demie, et non la ville qui est cruelle… Je t’envoie de la Terre des hommes " Une si longue lettre ", lettres de ma cambuse, non point pour Perpétue et sa mauvaise habitude de perdre son bonheur, mais afin qu’elle plonge droit, droit dans la grotte des souvenirs… Que de pleurs et de sanglots ! Mbalmayo, mon amour ! ta ville natale !… Que de bateaux, que de rondes triangulaires et de nœuds coulants sur la gorge du continent africain ! Mais où est passé L’enfant de sable ? Il a juré qu’il n’ira plus à leur école ! Elfisation et compagnie… Liaisons dangereuses… Tout ce bleu est signe de deuil et entraîne le lent balancement des pleureuses, car : Modibo Keita est parti, Sankara aussi, Ken saro-Wiva a suivi Labou-Tansi et Cheik Anta Diop. Lumumba, Aline Sitoé Diatta ont quitté Le bateau ivre ! Et la lumière a décliné. Et les crocodiles ont festoyé. Le goût des ravages pend désormais comme une liane dans la jungle. Mongo beti, man teta… Il est des fleuves comme il est des messages qui ne tariront jamais. Tu as ouvert sous le ciel d’ongola (Yaoundé), le parapluie où venaient s’abriter les peuples Noirs et Blancs. Il ne s’agit pas ici d’oraisonner en vain, mais de saluer le levain des redressements. Car c’est À la boucle du fleuve que les rayons d’or tomberont encore. Mais si je t’ai entendu, toi, enfant beti, il s’agit toujours de reprendre langue avec le maquis de l’espérance et de retendre les lassos révolutionnaires. Eza boto, moto na boto, Biyidi, mongo n’nam, ndoutou... Mongo Beti devenu orage, devenu rage, devenu guetteur et sentinelle des peuples. Alexandre, le grand pourfendeur des gazoducs, le redresseur des pipe-lines, Le gardien du temple ! Tu nous as fait entendre la voix de l’aube. Alors, nous t’avons établi arbalète tendue vers le bonheur durable des hommes. Parce que le Passé simple n'englobe pas la totalité de l'histoire, il est des futurs et donc des défis qui ne peuvent s’achever, comme il est des missions qui ne peuvent se terminer. Alors, qu’il soit dit qu’il est des êtres que le sens de l’homme a établis titulaires d'une chaire immortelle : Celle de la sauvegarde de l'humanité. Keulleu, tara, man teta, mbondé ! Veda iyouan wé lott mang, oubala Africa à n'nem… Et les chiens se taisaient… Et les corbeaux auraient dû interrompre leur envol. Remember Ruben… Remember Mongo Africa. Lille, le 16 novembre 2001 ©Eugène
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