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Abraham
Pétrovitch
Hanibal
Né en 1696 "sur les terres de [son] père
dans la ville de Logone, (3) selon son propre témoignage
écrit", Hanibal se retrouve vers l'âge de sept ans
(1703) à Constantinople, la capitale de l'Empire ottoman.
Un an plus tard, il est conduit clandestinement à Moscou
à la Cour du tsar Pierre le Grand, le souverain réformateur
de la Russie. Il deviendra le filleul de l'empereur qui le convertit
à la religion gréco-orthodoxe russe et prend en charge
son éducation au palais impérial. Compagnon d'armes
de Pierre Ier, Abraham Pétrovitch devient un de ses confidents
et proches collaborateurs. Dès lors, la Russie devint son
pays d'adoption. Il y mènera une longue et prodigieuse vie
de 1704 à 1781.
Eminent mathématicien, fortificateur
et hydraulicien, A. P. Hanibal fut aussi un homme d'Etat, excellent
diplomate, et un important chef militaire. Pendant de nombreuses
années, tout le système de défense de l'immense
Empire russe fut sous sa direction. Il fut décoré
à plusieurs reprises par l'impératrice Elisabeth "pour
son abnégation et son application". Figure importante de
l'histoire du génie et de l'architecture militaires russes
de son époque, il fut de ceux qui contribuèrent à
diffuser en Russie l'oeuvre de Vauban, son célèbre
prédécesseur français.
Dans le domaine des mathématiques, il
publia un ouvrage et accomplit pendant plusieurs années un
travail pédagogique de première importance. Auteur
du traité, Géométrie practique, en 1725-1726
(350 pages), il fit oeuvre de pionnier en Russie puisque le premier
traité de Géométrie publié en langue
russe, la Géométrie de von Birkenshtein et
Antony Erst, date de 1708.
Après un séjour de plusieurs
années en France où il avait obtenu son brevet d'ingénieur
et le grade de capitaine, le tsar confia à Hanibal l'administration
de son cabinet privé et le chargea d'enseigner les mathématiques
aux jeunes nobles russes inscrits dans les écoles techniques
de Moscou et Pétersbourg. Plus tard, l'impératrice
Anna Ivanovna l'envoya à Pernov (Estonie) pour former les
futurs ingénieurs de l'école militaire locale. Hanibal
fut également le professeur de géométrie et
de fortifications du tsar héritier Pierre II qui régna
de 1727 à 1730.
Dans le domaine du génie militaire (fortifications,
artillerie, hydraulique, architecture, traductions techniques),
son activité fut multiple. Auteur dès 1726 d'un autre
volume sur les Fortifications, il en enseignera l'art, sera
traducteur principal au palais impérial, chargé du
contrôle des traductions d'ouvrages scientifiques et techniques
du français en russe. Dans la seconde moitié du XVIIIe
siècle, il sera le grand fortificateur de la Russie. Il fit
preuve d'innovation à la fois dans le domaine technique et
pédagogique. Il est par exemple connu pour avoir introduit
l'enseignement de l'architecture civile dans les écoles d'ingénieurs.
Il fut aussi le premier en Russie à utiliser la technique
du dallage pour restaurer les forteresses.
Pendant quelques années, il fut chargé
du contrôle des programmes de formation des écoles
de génie militaire et d'artillerie. A ce titre, il fut un
des fondateurs de la première école unifiée
du génie et de l'artillerie de Pétersbourg (1758).
Chef du corps des ingénieurs, il a dirigé
tous les grands travaux. Ce qui lui valut d'être reconnu par
tous comme "un spécialiste irremplaçable". Ainsi,
en 1755, lorsque Elisabeth Pétrovna, impératrice de
Russie, le nomme gouverneur de la province de Vyborg, près
de la frontière finlandaise, le Collège de Guerre,
la plus haute instance militaire du pays, s'empresse de demander
à l'impératrice de laisser "le général-lieutenant
et chevalier Hanibal rester comme auparavant au Corps des Ingénieurs...puisque
monsieur le général-lieutenant et chevalier commande
tout le Département des Ingénieurs et a à sa
charge toutes les affaires relatives à ce Corps, de même
que la situation du personnel du Génie..."
Pendant une vingtaine d'années et jusqu'à
sa retraite, il occupera les plus hautes fonctions militaires :
commandant en chef de la province estonienne, directeur des travaux
de fortifications du Nord-Ouest et de l'Ouest de la Russie (Cronstadt,
Pétersbourg, Schlüsselbourg, Riga, Pernov), du Sud de
la Russie (Novosserbsk, Slavianoserbsk, Elisabethgrad), d'Ukraine
(Kiev), de Sibérie occidentale (Tobolsk-Itchimsk)...Président
de la Commission chargée de l'études de l'état
de forteresses russes à partir de 1757. Il fut aussi le directeur
principal du canal de Ladoga et de la Commission des travaux de
Cronstadt et du port de la Baltique.
A la tête du système de défense
de l'Empire russe, l'Africain de Russie parcourra le pays pour construire
des places-fortes. Dans les années 1750, lorsqu'il apparut
nécessaire de renforcer la défense des régions
du sud de la Russie des attaques des Tatars et des Turcs, Hanibal
décida de construire la forteresse Ste Elisabeth, pierre
défendue par six bastions, dont il posa lui-même la
première. En 1764, une petite ville (Elisabethgrad, devenue
Kirovograd pendant l'époque soviétique) sera construite
à l'emplacement de la forteresse. Un siècle plus tard,
Elisabethgrad était devenue le "principal quartier militaire
des colonies russes sur la rive orientale du Bug... occupée
par un corps considérable de cavalerie." De nos jours, Kirovograd
est une ville ukrainienne moyenne de 263 000 habitants.
Pendant les années 1740, Hanibal s'était
vu confier des missions diplomatiques en Finlande. Nommé
en 1743 par l'impératrice Elisabeth chef de la Commission
russe de délimitation des frontières avec la Suède,
il était chargé "de fixer sur le terrain le passage
de la frontière de l'Etat par la ligne la plus avantageuse
sur le plan militaire et d'indiquer les lieux où seront construites
les futures fortifications indispensables à la défense
de la frontière".
En 1759, il atteignit les sommets de la hiérarchie
militaire lorsqu'il fut promu général en chef d'armée.
Un exemple pour la société russe
de son époque
Chef militaire, bâtisseur infatigable, le
général Hanibal ne resta pas indifférent à
la misère dans laquelle vivaient les milliers d'ouvriers
qu'il employait sur ses chantiers. En 1755, il fonda un hôpital
pour les ouvriers du canal de Cronstadt. Un an plus tard, il créa
une école pour les fils d'ouvriers et de maîtres ouvriers
qui traînent dans les rues de Cronstadt. Deux des promus de
cette école fabriquèrent l'une des premières
machines à vapeur de la flotte russe.
Au milieu du siècle, alors que le servage
était en plein essor en Russie, Abraham Pétrovitch,
riche seigneur, allégea les dures conditions de vie des centaines
de serfs de ses différents domaines en interdisant la punition
corporelle et leur exploitation abusive. A cette époque,
les propriétaires terriens traitaient leurs serfs comme des
bêtes. Hanibal, qui n'hésitait pas à défendre
publiquement les intérêts des paysans russes et estoniens,
était devenu populaire aux yeux de ces derniers qui le considéraient
comme un généreux maître.
Après un premier mariage qui fut un
véritable désastre, Abraham Hanibal connut une belle
et longue histoire d'amour avec sa seconde épouse, Christine-Régine
de Schoëberg, issue de la noblesse suédoise. Ils vécurent
heureux pendant près d'un demi-siècle et eurent une
nombreuse progéniture. Un de leurs fils, Joseph Hanibal,
qui fut capitaine d'armée, est l'un des plus célèbres
grands-pères de Russie car son unique fille Nadine, née
d'un mariage mouvementé avec Marie Alexéevna Pouchkine,
donna naissance à Alexandre Pouchkine.
C'est ainsi que le filleul du grand empereur russe
Pierre Ier devint le bisaïeul du grand écrivain russe
Alexandre Pouchkine.

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