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Notre critique
par Jean-Paul Chanteau, auteur de la préface du recueil de contes


Les récits de la savane
Recueil de contes de Eugène EBODE


Eugène Ebodé vit en France, dans les Yvelines, mais il n'a sûrement pas perdu de vue son Afrique natale. Dans chacun de ses écrits, comme le dit du reste le narrateur de son recueil de contes, grand-père Boni, "la mémoire est un plat qui se déguste froid."

Avec Les récits de la savane , c'est tout l'univers du conte africain qui nous est proposé. Un monde bien différent du nôtre avec ses pluviateurs, ses sorciers, ses calebasses, ses totems et ses sortilèges. Ses ânes aussi. On aimerait vivre dans ces paysages riants, s'asseoir à l'ombre sur la place de l'un de ces villages paisibles où la chaleur est avant tout dans les cœurs des habitants. On se réjouirait de participer à ces fêtes qui savent si bien conjuguer la simplicité, la spontanéité mais aussi l'exubérance. Nos fêtes de village ou de ville pourraient paraître fades et fabriquées en comparaison !

Certes, tout n'est pas idyllique dans les petites communautés que nous observons. L'équilibre et l'harmonie initiale subissent ou ont subi des chocs dont la violence défait l'essentiel, le perturbe ou traduit une désespérance à l'oeuvre. Le pluviateur perd ses pouvoirs et la sécheresse s'abat sur le village naguère si prospère ; Koum-Koum, soucieux d'obéir à son oncle, l'ingénieux Gassam, ne voit pas passer l'amour, tout à sa fierté de vendeur des plus belles papayes ; Tchato est soudain confronté à l'absurde quand survient la mort mystérieuse de son ami Kamouzé, et voici que les chèvres elles-mêmes ont perdu tout entrain par la faute du garnement Kidi.

Mais que l'on se rassure : les forces de la vie l'emporteront, tout rentrera dans l'ordre grâce à la jeunesse, à l'innocence, à l'amour, à la recherche, même si elle s'avère épuisante, de son semblable. Là est la leçon essentielle de ces contes. Ajoutons aussi que la solution est toujours à trouver en soi mais aussi avec les autres, avec ceux qui partagent notre vie, nos difficultés, c'est-à-dire, ceux qui sont portés par les mêmes aspirations.

Et pourquoi ne pas lire à travers ces récits une métaphore de l'écriture ? L'écriture pour Eugène Ebodé est avant tout jubilation, battement du cœur, battement des mains, danse et transe. Elle a la couleur et l'odeur des juteuses papayes. Elle suit les rythmes de la sanza et du djembé. Elle est aussi accusatoire quand " le cycle des effervescences " est menacé. L'autre affaire intime qu'instruit l'écrivain-apostropheur procède d'une forme de tourment intérieur : appelons-là " l'angoisse du sable ". Celle-ci conduit l'auteur, citoyen-instructeur, à redouter que les traces particulières qui composent une civilisation ne disparaissent sous les attaques sournoises, les oublis des populations concernées. Elles sont agressées par les maladies, la pauvreté et soumises au culte dévastateur de la globalisation, autrement dit, à l'étouffement programmé des cultures.

Eugène Ebodé a été footballeur et gardien de buts comme il le raconte dans Le briseur de jeu. Il a donc appris à jouer avec ses partenaires et à faire déjouer l'adversaire. Gardien de la rivière où s'agitent et glissent les pirogues et les pinasses de la vie, on le retrouve, au cœur de la bataille des mots contre les maux de l'oubli, bondissant et facétieux, mais aussi passeur et matelot situé aux avants postes du navire amiral des mots.

Lire le conte "Koum-koum", extrait du recueil Les récits de la savane :

Eugène Ebodé

©Eugène Ebodé . Reproduction interdite sans autorisation.



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